Maroc. Une offre de soins encore limitée
Combien de fois avons-nous entendu ou lu que les Marocains étaient schizophrènes ? Entre autres, parce qu’ils seraient constamment tiraillés entre tradition et modernité. Autant rassurer tout de suite nos lecteurs : cette affirmation ne résiste pas à l’analyse scientifique. Il n’y a pas plus de schizophrènes au Maroc qu’ailleurs. Comme il n’y a pas plus de dépressifs ou de personnes présentant des troubles anxieux. En effet, comme l’avancent la psychiatre Nadia Kadiri et son confrère Jallal Toufiq, "toutes les études épidémiologiques réalisées démontrent qu’en terme de troubles mentaux, il y a les mêmes taux de prévalence partout dans le monde". Le Maroc, de facto, n’y échappe pas. Et comme ailleurs, ces maladies mentales touchent indifféremment les hommes et les femmes (ces dernières sont toutefois plus sujettes à la dépression. Pour la psychiatre Nadia Kadiri, "les troubles mentaux les plus fréquents diagnostiqués au Maroc sont les dépressions, la tendance au suicide, les troubles anxieux, les troubles maniaco-dépressifs et les troubles alimentaires". Si ces maladies sont curables via des traitements antidépresseurs accompagnés ou non (selon la pathologie), d’un suivi psychologique, reste à les diagnostiquer. Or une fois encore, l’offre de soins reste minime. "Comparée à un pays comme la France, on peut dire que nous manquons d’à peu près tout. Mais comparée à la situation qui prévalait chez nous il y a dix ans, on peut dire que la situation s’améliore" explique Nadia Kadiri. À titre d’exemple, 300 psychiatres exercent aujourd’hui. En 1970, il n’y en avait qu’un seul… dans tout le Maroc. Idem pour les structures hospitalières. En 1979, le Maroc ne comptait que le seul centre psychiatrique du CHU Ibn Rochd. Aujourd’hui, il existe 12 centres de santé psychiatrique dans tout le pays. De plus, selon notre psychiatre, "nous avons des gens très bien qui exercent dans le privé", avant d’ajouter "en revanche, nous manquons surtout de personnel spécialisé : infirmiers, assistantes sociales… Savez-vous que les urgences psychiatriques d’une ville comme Casablanca (5 millions d’habitants) n’ont toujours pas d’assistante sociale ?".









