LES ANGES AUX VISAGES SALES
Le teint basané, le regard rêveur fixé vers l’horizon,ils ont tout pour camper le rôle des «anges aux visages sales»C’esT sur les quais que le destin les prépare pour la grande aventure. Dans les calles de bateaux, ils prêtent leur bras pour décharger les soutes bondées de marchandises.Après une année de dur labeur et de loyaux services,ils troquent leur bleu de travail contre une tenue de sortie.Les voilà réunis dans le plus pur style machiste, autour d’un concert de guitare sèche au bord de la mer. Un repos comme il n’y a pas beaucoup chez ces gens de mer.Ils viennent témoigner des dures années passées, parler d’une vie de bohème au clair de lune. Ils ont tout pour débiter un scénario sur leur jeunesse.Poussant un soupir accompagné d’une bouffée de cigarette, le regard absent, les voilà embarqués vers l’horizon lointain. La nostalgie les gagne à chaque claquemet de vague. On leur reconnaît cette manière de communiquer avec la mer. Quand advient le temps des souvenirs,les langues se délient au rythme d’une muse qui cache
mal sa tristesse. C’est tantôt un ami disparu en mer, ou un cher proche ravi aux siens.Leur âme d’artiste les rend
sensibles face à ces images venues titiller leur mémoire.N’est pas «Kheloui» qui veut !Ils ont trimé sur les docs pour
arracher aux embarcations le prix d’une errance.Les mains calleuses marquées par de vieilles cicatrices, ils arrivent à marteler sur le revers d’une tôle ou encore gratter sur une guitare. Dans cette improvisation lyrique,naquirent les plus belles mélodies.Ces «marginaux » sont arrivés à se hisser au sein de la société avec leur code d’honneur. Hier encore, ils
furent les premiers à refuser de charger des bateaux de guerre français en expédition vers l’Egypte. Ils sont incontournables dans l’écriture de l’histoire. Dans chaque port d’Algérie se niche une histoire,une idylle marquant l’épopée de ces bonnes gens.Ils sont même portés par le septième art. Avec un Brando sur les quais, le cinéma avait
déjà levé le voile sur ces dockers Sur le port d’Amsterdam, il y a des marins qui chantent…La liberté, voyage en calle
d’un navire, ça tenait de l’ardeur à croquer la vie à belles dents pour se retrouver sur une île exotique, pour ensuite raconter cette aventure au coin du feu.