Extrait de l’interview de Sanaa El Aji accordé au quotidien Aujourd’hui le Maroc
Début de citation
« 1°- ALM : Votre premier exercice était assez chaud. Comment avez-vous réagi face à la condamnation ?
Sanaa El Aji : J’ai eu un grand sentiment d’injustice parce que j’estimais que personne n’avait évalué mon apptitude intellectuelle. Tous les regards ont été portés sur deux ou trois blagues. Or, je ne suis pas responsable de ce produit culturel. Au-delà du procès et de la condamnation, j’estime que c’est un dossier bien élaboré dont je suis particulièrement fière.
2° - ALM : À travers vos écrits, vous avez brisé les tabous. Quelles sont les tares que vous n’avez pas pointées du doigt?
Sanaa El Aji : J’ai parlé dans mes publications des tabous qui me dérangeaient à savoir le rapport parents enfants, l’hypocrisie dans le rapport à la religion, le rapport au corps, les relations hommes femmes..., etc. Toutefois, le «populisme» est aussi un tabou à briser. On a toujours tendance à critiquer les hauts responsables tout en compatissant avec le peuple. Au contraire, le peuple n’est pas forcément victime. Il faut qu’il assume sa part de responsabilité et sort de sa passivité.
3° - ALM : Vous êtes aussi romancière. D’où est née cette passion ?
Sanaa El Aji : Depuis que j’étais jeune, j’aimais lire. J’ai eu la chance d’être encadrée par des professeurs qui ont encouragé mon talent. Au lycée, j’ai remporté le premier prix de la nouvelle. En 2003, j’ai publié mon premier ouvrage «Majnounat Youssef». C’est une histoire d’amour entre un homme marié et une fille plus jeune que lui. A travers le fil conducteur, je parle de la relation homme femme, le rapport au corps, la sexualité féminine hors mariage (mon sujet de thèse) ainsi que l’institution du mariage qui est mon sujet de prédilection. Depuis, j’ai arrêté partiellement, mon activité littéraire. Je travaille maintenant sur deux projets, des recueils de poèmes et de nouvelles.
4° - ALM : On vous sent très féministe dans votre discours...
Sanaa El Aji : Avec tout le respect que je dois au militantisme des féministes, je refuse qu’on me qualifie ainsi. Car, je n’aime pas me placer entant que victime pour défendre la femme. C’est plus simple de se confondre dans la communauté et de faire comme les autres, alors que beaucoup de femmes ont la possibilité de changer leurs situations. La responsabilité de chacune d’entre nous est d’arracher ses droits, d’assumer ses choix et de ne pas choisir la facilité pour fuir le regard de l’autre.
5° - ALM : Comment vous vivez le rapport homme-femme au quotidien ?
Sanaa El Aji : Je le vis sereinement. Je suis rationnelle dans ma relation avec le sexe opposé. Je ne vois pas en lui l’autre partie qui me privera de ma liberté ni le prince charmant qui m’offrira le bonheur. Je suis une femme très indépendante et autonome. Je peux vivre seule sans me léser. Mon célibat est un choix assumé jusqu’au bout sans pour autant porter atteinte à l’institution du mariage. Je recommande la complicité et le partage au sein du couple. Quand ces deux éléments sont unis dans une relation, les deux partenaires peuvent enfin bâtir leur chemin ensemble.
6° - ALM : N’avez-vous pas souffert du regard de l’autre?
Sanaa El Aji : Pouvoir assumer sa différence n’est pas chose facile. Je viens d’un milieu très modeste. Mes parents sont des gens simples et analphabètes. Et pourtant, j’habite seule dès mon jeune âge. J’aurais pu renoncer au début, car ce n’est pas facile de gérer, seule, son quotidien. Mais quand on est déterminé, on arrive. Et c’est peut-être cela qui permet à la société d’évoluer » fin de citation.
Que pensez vous des grandes lignes de cet interview? à savoir :
-1- L'injustice comme culture
-2- Le tabou dans notre culture
-3- Relation homme-femme
-4- La femme en tant que militante
-5- la vie célibat est une obligation ou bien un choix
-6- La fiérté de l'âme
merci