Un proverbe marocain dit : « c’est le fkih dont on attendait la Baraka qui est entré dans la mosquée avec ses babouches ! ». Autrement dit, c’est celui dont on attendait le meilleur qui a fait pire que n’importe qui.
L’homme dont il s’agit aujourd’hui a battu tous les records du « pire ». Son cas a fait scandale dans la presse (Al Massae du 6 septembre) et ceux qui ont eu connaissance de ses frasques en sont encore tous retournés.
Il a plus de 60 ans. Dans son quartier de Derb Ghallef, il est connu. C’est le fkih, donc l’homme sage. Dimanche dernier (5 septembre), il était écouté par le procureur du Roi au tribunal de première instance de Casablanca, avant d’être écroué. Le grief retenu contre lui : abus sexuel sur un enfant handicapé.
Les cas de pédophilie, on commence à en entendre parler de plus en plus, le tabou et l’omerta reculent au Maroc. De nombreuses et très sérieuses associations se consacrent à cela.
Si l’home s’était rendu coupable de pédophilie « seulement » (pardon pour le seulement), il aurait bien sûr nourri la chronique, comme tous les détraqués sexuels qui en ont fait autant avant lui, abusant d’autres enfants innocents et que les médias stigmatisent avant que la loi ne les punisse (hélas pas encore assez sévèrement). Mais il n’aurait pas soulevé autant d’indignation, voire d’écœurement ! Le fkih sexagénaire de Derb Ghallef, lui, a accompli « la totale ».
Il a abusé à plusieurs reprises d’un enfant handicapé qu’il allait chercher chez lui et dont il exploitait la naïveté en lui faisant miroiter, pour le sodomiser, un argent de poche tournant autour de deux dirhams !!
Il a abusé de cet enfant, sachant qu’en plus de son handicap, il était orphelin de mère et que son père était cloué au lit par la maladie.
Et pour tout couronner, la dernière fois qu’il a violé l’enfant –et qu’il a été pris sur le fait, ce qui a permis son arrestation-il l’a fait la semaine dernière, en plein ramadan, un vendredi (jour saint pour les fkihs, entres autres) et aux alentours de dix heures du soir… tenons-nous bien… juste après la prière du « Taraouih » !!
Satané bigot ! Le viol et la prière… la pédophile et la prière… l’exploitation sexuelle d’un handicapé et la prière… La question qui se pose à présent est de savoir ce que fera la justice ? Toutes ces dernières années, on a vu des pédophiles abuser de mômes et s’en tirer avec, au grand maximum, une peine de deux années de prison ! Deux années de réclusion ? C’est tout ce que vaut la vie détruite d’un enfant, son petit corps souillé, son innocence volée, son traumatisme à vie ?
Si l’enfant est déjà victime de celui qui aurait dû être son protecteur, si l’on ne peut se fier aux hommes de religion, a fortiori aux autres, si la loi est lacunaire et que la Justice est laxiste, d’où viendra le salut ?
Face à des amputés de la conscience comme ce fkih, seules la loi et la Justice peuvent être dissuasives. Il faut donc revoir dans ce sens.
Source Edito Le Reporter du 9 au 15 Septembre n° 566