L’adoption d’un enfant
I - Définition générale :
L'adoption est de prendre dans sa famille l'enfant de quelqu'un d'autre par une procédure légale et de l'élever comme s'il était le sien.
II - Idée principale :
D’après cette définition l’enfant adopté ne portera plus le nom de son père biologique. Cela aura donc pour résultat qu'il sera coupé de tous les droits ou responsabilités envers ses parents biologiques et sera traité alors comme l'enfant à part entière de ceux qui l'adoptent.
III - L’adoption en Islam :
L’adoption dans ce sens était largement répandue dans le monde lorsque l'Islam a été révélé. En fait,le Prophète Sidna Mohammed lui-même avait Zaïd comme fils adoptif. Il était appelé Zaïd fils de Mohammed. Des musulmans ont perdu de vue une caractéristique importante de l'Islam et ont rendu à la hâte leur jugement sur le fait que l'Islam accepte en effet l'adoption. Ils citent cet incident de la vie de famille du Prophète. La vérité est que l'Islam croit en général en la solution graduelle des problèmes profondément enracinés comme l'adoption, l'alcool, etc. Il prépare les musulmans par un nombre de stages pour la réalisation d'un système Islamique.
L'Islam encourage la prise en charge des orphelins et des pauvres, au point où le Prophète sidna Mohammed a dit::
-« Moi et les gardiens des orphelins seront ensemble au paradis ».
Il a aussi appelé les musulmans à donner le meilleur traitement à ces enfants misérables. Même une caresse sur la tête d'un enfant ou une tape sur son épaule est un grand acte de vertu aux yeux d'Allah. L'Islam donne aussi un très sérieux avertissement à ceux qui dévorent les biens des orphelins parce qu'ils ne font que dévorer le feu dans leur estomac et iront dans le feu de l'Enfer.
-Sourate 4, verset 10 :
« Ceux qui mangent [disposent] injustement des biens des orphelins ne font que manger du feu dans leurs ventres. Ils brûleront bientôt dans les flammes de l'Enfer ».
Malgré tout cela, l'Islam considère grave le fait d'appeler les enfants avec les noms d'autres parents qui ne sont pas les leurs comme une injustice. Nous lisons donc dans le Saint Coran:
-Sourate 33, verset 4
« Allah n'a pas placé à l'homme deux coeurs dans sa poitrine. Il n'a point assimilé à vos mères vos épouses [à qui vous dites en les répudiant]: "Tu es [aussi illicite] pour moi que le dos de ma mère ". Il n'a point fait de vos enfants adoptifs vos propres enfants. Ce sont des propos [qui sortent] de votre bouche. Mais Allah dit la vérité et c'est Lui qui met [l'homme] dans la bonne direction ».
-Sourate 33, verset 5
« Appelez-les du nom de leurs pères : c’est plus équitable devant Allah. Mais si vous ne connaissez pas leurs pères, alors considérez-les comme vos frères en religion ou vos alliés. Nul blâme sur vous pour ce que vous faites par erreur, mais (vous serez blâmés pour) ce que vos coeurs font délibérément. Allah, cependant, est Pardonneur et Miséricordieux » .
Donc, lorsque ces versets ont été révélés, Zayd qui avait été auparavant appelé fils de Mohammed a été appelé selon le nom de son vrai père bien qu'il ait continué à porter allégeance au Prophète, jusqu'à la fin de sa vie. Pour confirmer cette annulation d'adoption, Allah a commandé à Son Prophète de se marier avec Zaynab, la femme divorcée de Zayd pour que les musulmans comprennent de façon pratique qu'un fils adopté n'est pas du tout un vrai fils. Ceci fait partie des autres choses pour lesquelles le Prophète a été mis à l'épreuve.
Puisque l'adoption est une injustice et une falsification de la vérité, nous trouvons aussi le Prophète qui dit :
-« Celui qui est appelé d'un nom autre que celui de son père et sait que cette personne n'est pas son père, le paradis lui sera interdit ».
-« Est mécréant celui qui est appelé d'un nom autre que celui de son père et connaît la vérité (mais la cache) ».
A vrai dire, beaucoup d'opposants à l'Islam aujourd'hui exploitent cet incident, c’est à dire le mariage du Prophète à la femme divorcée de son ex-fils adopté pour accuser le Prophète Mohammed de commettre l'inceste parce qu'ils disent qu'il a épousé sa belle-fille. Quelle est la vérité de cette affaire dans ce contexte?
Des sources fiables nous disent que le mariage de Zayd avec Zaynab n'était pas un mariage réussi. Il s'était plaint au Prophète et avait exprimé son désir de se séparer d'elle. A plusieurs reprises, le Prophète s'est interposé pour rétablir une relation saine entre eux. Il leur rappelait toujours leur devoir de craindre Allah et d'observer Ses commandements dans la façon dont ils se traitent mais, malgré cela, leur désir mutuel de mettre fin à leur union était toujours présent. Pendant ce temps, Allah révélait à son Messager, une fois le divorce prononcé entre ces deux personnes, qu'Allah avait décidé que Son Messager épouserait Zaynab. Mohammed hésitait à transmettre ce commandement. Allah l'a donc réprimandé.
Le Prophète ici n'avait pas l'intention de désobéir aux ordres de son Seigneur. Il voulait cependant donner au couple une dernière chance de poursuivre leurs relations; néanmoins, cela paraissait horrible pour lui de rompre l'habitude héréditaire où la femme d'un ex-fils adopté était considérée comme une belle-fille.
Malgré cela, les savants disent en fait que c'est ici une preuve que le Coran est la parole d'Allah et non celle de Mohammed; il est rapporté que c'était la situation la plus difficile que le Prophète de l'Islam ait rencontré au point où il aurait souhaité laisser tomber ces versets si le Coran avait été de lui. Toutefois, étant un messager, celui qui transmet le message, il n'avait d'autre choix que celui de le transmettre exactement comme il était descendu.
Dans ces circonstances, le Prophète a invité le couple en dispute et lui a révélé aussi bien qu'à tous les autres musulmans la décision divine suivante:
-Sourate 33, verset 36
« Il n'appartient pas à un croyant ou à une croyante, une fois qu'Allah et Son messager ont décidé d'une chose d'avoir encore le choix dans leur façon d'agir. Et quiconque désobéit à Allah et à Son messager, s'est égaré certes, d'un égarement évident ».
-Sourate 33, verset 37 :
« Quand tu disais à celui qu'Allah avait comblé de bienfaits, tout comme toi-même l'avais comblé : "Garde pou toi ton épouse et crains Allah", et tu cachais en ton âme ce qu'Allah allait rendre public. Tu craignais les gens, et c'est Allah qui est plus digne de ta crainte. Puis quand Zayd eût cessé toute relation avec elle, Nous te la fîmes épouser, afin qu'il n'y ait aucun empêchement pour les croyants d'épouser les femmes de leurs fils adoptifs, quand ceux-ci cessent toute relation avec elles. Le commandement d'Allah doit être exécuté ».
-Sourate 33, verset 38
« Nul grief à faire au Prophète en ce qu'Allah lui a imposé, conformément aux lois établies pour ceux qui vécurent antérieurement. Le commandement d'Allah est un décret inéluctable ».
La coutume de l'adoption était ainsi annulée d'une manière pratique chez les musulmans, la personne du Prophète lui-même ayant été utilisée pour faire valoir cette nouvelle législation. Depuis lors, la garde, la prise en charge des orphelins et la fraternité ont remplacé l'adoption chez les membres de la communauté musulmane.
IV - L’adoption au Maroc
Au Maroc, il faut distinguer entre l’ « adoption » et la « kafala » :
L’adoption, telle qu’elle est entendue en droit international, qu’il s’agisse de l’adoption simple ou de l’adoption plénière, est interdite au Maroc. En effet, l’article 149 du code de la famille marocain dispose que :
« l’adoption (attabani) est juridiquement nulle et n’entraîne aucun des effets de la filiation parentale légitime ». Le Droit marocain ne reconnaît donc pas l’adoption qui n’a aucune valeur juridique. En revanche, il reconnaît le concept de la kafala (recueil légal ou prise en charge), qui est l’engagement de prendre bénévolement en charge l’entretien, l’éducation et la protection d’un enfant mineur, au même titre que le ferait un père pour son fils. Ses effets sont ceux de la tutelle légale. Elle ne crée aucun lien de filiation contrairement à l’adoption simple qui crée quant à elle ce lien de filiation entre l’enfant et ses adoptants.
Il n’y a pas d’adoption au Maroc, mais depuis la loi du 13 juin 2002, il y a la kafala judiciaire destinée à prendre en charge les enfants abandonnés définitivement et la kafala notariale qui elle ne concerne que les enfants dont les origines sont connues.
Il existe deux types de kafala, notariale et judiciaire :
a)- La kafala notariale :
le postulant à la kafala doit obtenir le consentement des parents de l’enfant et constituer un dossier qui est soumis à un notaire chargé de rédiger l’acte.
b)- La kafala judiciaire, concerne l’enfant abandonné :
le postulant à la kafala s’adresse aux services de l’assistance publique. L’enfant recueilli peut être de filiation connue ou inconnue. La kafala judiciaire est délivrée par un juge. La loi n° 97-99 relative à l’état civil (Dahir n° 1.02-239 du 03/10/2002 dans son article 20 ) laisse désormais la possibilité au kafil (adoptant) d’attribuer son nom au makfoul (adopté). L’enfant portera sous certaines conditions le nom du père, mais ne sera pas inscrit dans sa descendance ou dans son livret de famille.
La définition de l’enfant abandonné dans la loi marocaine :
« comme enfant abandonné de l’un ou de l’autre sexe n’ayant pas atteint 18 années grégoriennes révolues lorsqu’il se trouve dans l’une des situations suivantes : être né de parents inconnus ou d’un père inconnu et d’une mère connue qu’il a abandonné de son plein gré ; être orphelin ou avoir des parents incapables de subvenir à ses besoins ou ne disposant pas de moyens légaux de subsistance ; avoir des parents de mauvaise conduite n’assumant pas leur responsabilité de protection et d’orientation, en vue de le conduire dans la bonne voie, comme lorsque ceux-ci sont déchus de la tutelle légale ou que l’un des deux, après le décès ou l’incapacité de l’autre, se révèle dévoyé et ne s’acquitte pas de son devoir précité à l’égard de l’enfant ».
V- Conclusion :
L’adoption (au vrai sens du mot) est interdite dans la religion musulmane. Mais prendre en charge un orphelin, d’une façon réglementaire sans le faire oublier ses racines, son origine, sa culture est un acte de bravoure statué par l’Islam et réglementé par des lois propres à chaque pays.