Au cinéma, le fondateur de Facebook n'est pas un monstre

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Manal in Actualités on Nov 08, 2010
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Chronique- Loin de donner du fondateur de Facebook une image négative comme le voulait la rumeur, le film sur la genèse du réseau social fait de Mark Zuckerberg un héros, une icône de la pop culture.

Il sort ce mercredi en partenariat avec LCI, découvrez notre critique du film sur la création de facebook que nous avons vu en avant-première.

 

On avait tout entendu : Mark Zuckerberg détestait par avance ce film, sa sortie allait le rendre fou,  il aurait tout fait pour l'interdire... A la vue de The Social Network de David Fincher (se7en, Fight Club...) qui sort en France ce mercredi 13 octobre, on constate que le fondateur de Facebook , plus jeune milliardaire de la planète,  peut envoyer quelques bouteilles de champagne à l'équipe du long-métrage. Car si la rumeur parlait du portrait d'un geek associable qui trahit tous ses amis, The Social Network  n'est rien d'autre que celui d'un homme plus intelligent que les autres.

Certes, le film sur la genèse de Facebook fait bien passer l'idée que Mark Zuckerberg n'est pas l'étudiant le plus "populaire" de Harvard. Mais il sait l'être sans compromis car il ne participe même pas à cette "course aux amis" aussi vieille que les universités américaines. Contrairement à Eduardo Severin, son associé dans le film, Zuckerberg refuse de faire de la lèche ou jouer les caméléons pour intégrer les sociétés très fermées des gosses de riches du campus. Il joue hors-catégorie et assume sa silhouette de geek en sweat à capuche qui porte des chaussettes blanches dans des  tongs Adidas, tout simplement parce que c'est confortable. Il est parfois déprimé mais pas dépressif, seul, souvent par choix, mais jamais abandonné.

The Social Network:

La bande-annonce :


 

La case des génies

 

Zuckerberg est tout le contraire d'un personnage faible. Ce qui lui donne sa foi inébranlable, c'est qu'il est persuadé d'être plus intelligent que le monde entier, tout simplement parce qu'il en a fait l'expérience toute sa courte vie. Ce complexe absolu de supériorité intellectuelle pourrait faire de lui un narcissique ridicule si le film ne faisait pas la démonstration permanente, de cours d'informatique  en joute verbale avec des avocats, qu'effectivement le jeune homme a une case en plus. Celle des génies.

"Si vous avez vraiment inventé Facebook alors pourquoi n'avez-vous pas inventé Facebook?" "Vous pouvez vous mettre sur mes épaules et raconter à tout le monde que vous êtes plus grand que moi, cela n'y changera rien". Les répliques que Zuckerberg assène à ceux qui lui disputent devant la justice la paternité de son bébé tout au long du film font toujours mouche.  Jess Eisenberg, qui interprète brillamment le fondateur de Facebook , les décoche comme un enfant qui sait qu'il va hériter d'une paire de claques mais refuse de faire l'économie d'une vérité. Ce courage donne une certaine classe à son personnage. Le rend même attachant. La partie la moins réussie du film est d'ailleurs son début, où Eisenberg prend bizarrement Zuckerberg par un mauvais bout. Clignement d'œil forcés et ports de tête étrange le font alors passer pour une sorte de Rain Man light, un Dustin Hoffman du pauvre qu'il abandonne heureusement assez vite. Et c'est en s'en éloignant de cette fausse piste que le jeune acteur fait la preuve de son talent.  Zuckerberg en autiste, cela ne prend pas.

Sans chemise, comme Gollum

Son personnage est aussi un résistant aux normes sociales, quitte à passer pour un loser ou à sombrer dans la goujaterie. Le seul à se pointer à une soirée caribéenne sans la chemise à fleurs que des dizaines d'étudiants arborent comme un uniforme, le seul à oser dire à une femme qu'elle a tout intérêt à sortir avec un génie de son genre si elle veut réussir dans la vie. S'il a inventé Facebook, c'est que le Mark Zuckerberg de David Fincher ne respecte aucun de ces codes mais les comprend mieux que quiconque. Quoi qu'on lui dise, il s'accroche viscéralement à l'idée que Facebook est sa créature. Comme pour Gollum dans le Seigneur des anneaux, le premier réseau social au monde  est son anneau, son précieux. S'il sacrifie quelques-uns de ses associés dans son aventure,  cela n'est jamais pour l'argent, mais simplement sur l'autel de Facebook, une invention qui les dépasse tous et dont il est le seul à mesurer la portée. Jamais il ne les cherche à les humilier mais jamais il ne verse une arme sur leur sort.

Sa cause est trop importante. Plus que l'argent, plus que la gloire, son défi  à travers Facebook est de réussir à modéliser les relations sociales de chacun mieux que quiconque. A chaque fois qu'un ami lui raconte sa vie, les phrases  se traduisent dans son cerveau par des lignes de codes qu'il s'empresse d'aller taper compulsivement pour donner plus d'ampleur, de pertinence, à son réseau qu'il voit grossir avec délectation. Tous les autres personnages du film - d'Eduardo Saverin aux jumeaux Winklevoss perdus dans leur quête de perfection  - ne sont d'ailleurs que des faire-valoir de l'intelligence et du destin de Mark.

Seul Sean Parker, le fondateur de Napster servi par le charisme malicieux du chanteur-acteur Justin Timberlake, s'en sort. Alors que tout semble l'éloigner au premier coup d'œil de Zuckerberg, il est en fait son jumeau cosmique. Populaire, cool, séducteur, il est pourtant le seul à comprendre ce qui se passe dans le cerveau du "Zuck", le seul à savoir lui parler, le seul à gagner son admiration car il appartient à la même race que lui. Celle de ceux qui ont une mission. On approche dans ces moments-là au plus près du vrai Zuckerberg, que la passion pour sa créature a souvent conduit à des faux-pas médiatiques.

Icône pop

Faut-il aller voir The Social network ? Oui, si l'on veut  comprendre la genèse d'une des entreprises qui restera sans doute emblématique de ce siècle. Le film le plus attendu de l'année, en tout cas par la tribu geek, tient assez largement ses promesses. David Fincher fait le choix d'un classicisme qui sert son histoire et réussit l'exploit de rendre passionnante une fable d'ordinateurs et de propriété intellectuelle. Le film ressemble d'ailleurs furieusement dans sa forme à Un homme d'exception de Ron Howard, biopic consacré à un autre génie, le mathématicien John Nash. L'humour n'y est pas omniprésent mais certaines scènes sont savoureuses. Quel bonheur que d'entendre le co-fondateur de Facebook se faire engueuler par sa petite amie parce qu'il n'a pas encore passé son statut sur le réseau social de "célibataire" à "en couple" !

Le Zuckerberg du film est-il celui de la réalité ? Il n'en est probablement pas loin mais peu importe. Le long métrage  est une pierre de plus à l'inévitable édification d'une icone de la pop culture de ce siècle. C'est une fatalité : l'homme qui a inventé un site qui a changé la manière de communiquer de 500 millions d'humains ne cessera d'être mis à toutes les sauces par l'industrie du divertissement. Tout simplement parce qu'il est intéressant, mystérieux, génial.  Zuckerberg a maintenant son film. La bande dessinée arrive pour Noël.

Article de TF1.fr

 

 

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