La crise est elle finie ?

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Manal in Actualités on Jui 18, 2010
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1. le Maroc connait actuellement une phase de développement économique accélérée qui nécessite un financement important, et l'état n'a pas d'autre choix que d'emprunter avec intérêt chaque année aux banques (marocaines et étrangères). Pensez-vous qu'il existe une autre façon (réaliste) pour le Maroc de financer son développement sans abandonner sa souveraineté économique? 


Je souhaite rappeler tout de suite un fait tangible et difficile à contester : aucun pays n'a réussi à se développer en s'endettant. Et notre pays ne pourra faire exception. Nous pouvons non seulement arrêter de nous endetter mais surtout commencer à nous enrichir en utilisant les ingénieries financières que permettent les marchés financiers internationaux. Cela ne doit plus être un exploit de réussir à obtenir un prêt de la banque mondiale, de la banque européenne ou de la BID. 

Je propose de créer un fonds souverain qui sera le pilier de notre développement au niveau national et international. Sa mission sera triple : 
•inventorier et contrôler le patrimoine minier, foncier, forestier, immobilier et autre du pays. Faire obstacle aux passe-droits qui gangrènent notre économie. Ici un « privilégié » exploite tranquillement une carrière de sable, là un autre bénéficie d'un prix symbolique pour exploiter une superficie de centaines d'hectares. Une bonne partie de la richesse marocaine est générée uniquement par une « signature » une concession, un agrément. Désormais il y aura 3 classes ; la minorité fortunée, la majorité qui rame et le fonds souverain qui tirera cette dernière vers le haut. 

•Lancer des fonds internationaux dédiés à des matières premières spécifiques (phosphate, fer, or, manganèse, etc.) pour les vendre sur des échéances de livraison de 5, 10 voire 20 ans, à l'instar du fonds Mansa Moussa Gold Fund que j'ai piloté pour le Mali. Cela nous permettra non seulement de racheter contre la session de ces certificats garantis par l'état une grande partie de notre dette (avec de la ressource minière encore dans le sol), mais surtout bénéficier d'un flux financier pour l'exploitation industrielle de ces richesses sans nous endetter. 
•Monter une équipe élite de jeunes marocains qui auront tous les moyens pour intervenir directement sur les marchés financiers pour siphonner quotidiennement des devises étrangères grâce à des opérations de trading pur. 

Bref, le fonds souverain sera l'interface transparente du patrimoine marocain, ayant pour principale mission de fournir une puissance financière à l'état pour lui permettre d'accompagner nos secteurs public et privé en toute indépendance. 

2.Selon vos dernières déclarations dans "Finances News", L'économie marocaine est sur la bonne voie, surtout depuis l'accession au Trône de Mohammed VI, mais elle a besoin de diversification urgente tant au niveau des secteurs que des acteurs. Pouvez-vous nous donner plus de détails sur cette diversification que vous encouragez, et sur les moyens pour la mettre en œuvre. 

Le Maroc mise depuis des décennies sur des secteurs traditionnels tels que le phosphate, le textile, l'agriculture et la pêche, l'industrie et le tourisme, et récemment les télécoms. Les services financiers destinés au marché international sont pratiquement absents. Nous devons y accorder toute notre attention car voilà un secteur plein d'avenir. 

Le projet de Casablanca Financial City sera une formidable opportunité pour la jeunesse marocaine si on évite de copier les autres places financières. Nous devons innover et ne pas hésiter à devenir pionniers d'un domaine jusqu'alors inédit dans toute l'Afrique : 
La recherche et développement de systèmes de trading sur les marchés internationaux. 
La couverture sur les marchés à terme des matières premières et des devises. 
Casablanca Financial City ne doit pas se focaliser sur « comment attirer les institutions financières internationales ? » mais sur « comment rassembler, encourager et former la jeunesse marocaine à la finance internationale sous toutes ses formes. 
Le fonds souverain pourrait par exemple être le parrain de ce projet ambitieux mais tout à fait réaliste. Unir toutes les universités et grandes écoles marocaines pour créer un engouement pour les études d'ingénierie boursière, de finance internationale et de recherche et développement pointu. Les marocains sont reconnus comme étant exceptionnellement doués pour les mathématiques et l'informatique. Ne les laissons pas se diriger par dépit vers la biologie ou le droit (puis abandonner) sous prétexte qu'ils n'ont pas pu faire médecine. 
Casablanca Financial city aura la plus grande bibliothèque d'ouvrages financiers de toute l'Afrique, un Centre de Recherche et Développement qui brillera rapidement au niveau mondial, une Académie pour enseigner les dernières techniques de trading sur les marchés des devises, des obligations et des matières premières. Au lieu d'inviter des étrangers à s'installer chez nous, nous les invitons à nous transmettre leur savoir. 

Goldman Sachs a distribué en 2009 20 milliards de dollars. Rien qu'en intervenant ainsi sur les marchés. C'est dire le potentiel de ce secteur. En moins de 3 ans, Casablanca Financial City pourra rapporter plus que l'ONA et l'OCP réunis. Avec mille fois moins de frais. Le nerf de la guerre d'aujourd'hui n'est plus l'industrie mais le savoir faire sur le marché financier mondial. Nous avons tout pour relever ce défi. Il suffit de nous mobiliser. 

Vous dites « Il est essentiel de comprendre que, désormais, les gouvernements civils ont perdu le contrôle sur l'architecture financière mondiale. C'est un petit groupe d'entreprises élites, bénéficiant du soutien de la puissance militaire américaine, qui fait ce qu'il veut sur cette planète et sur les marchés financiers. » Pouvez-vous nous expliquer brièvement les mécanismes et les structures par lesquelles les banques et les multinationales contrôlent l'économie et surtout la finance mondiale? 

Depuis la création de notre planète Terre règne la loi « la raison du plus fort est toujours la meilleure ». Aujourd'hui les plus forts sont les américains et leurs institutions financières. 
Leur crise immobilière a généré la crise financière mondiale. Et pour y remédier, ils ont baissé au maximum les taux d'intérêts, émis des tonnes d'obligations d'état et surtout racheter des actifs non liquides et qui ne valent pas grand-chose. Leur plan est de sauver coute que coute les banques en les débarrassant de leurs dettes. Ils ont tout simplement converti une dette bancaire (qui perdait en crédibilité) en dette publique. Ce système peut marcher à deux conditions : 

1)Que les pays développés sachent créer de la richesse sans s'endetter. Ce qui n'est pas le cas ! 
2)Que les dettes souveraines ne souffrent pas de manque de confiance. Ce qui n'est pas le cas ! 

Pour que le château de cartes ne s'écroule pas, il fallait « contrôler » un maillon essentiel : les agences de notation. Celles-ci ont donné des AAA (autrement dit ZERO risque) à des actifs qui ne méritaient même pas un B. L'Amérique ayant pris le pouvoir sur l'information stratégique, la notion même de « régulation » devient un véritable gag. 
Les états européens ont perdu la main sur l'essence même d'une guerre : l'information. Pendant ce temps, les entrepreneurs militaires, les industries d'armement et les sociétés de mercenaires professionnels connaissent une explosion de leurs affaires. Pour trouver l'auteur d'un crime, les statistiques nous disent qu'il faut commencer par chercher du coté de celui qui en profite le plus. 

La crise dans laquelle nous pataugeons est bel et bien un hold up comme au temps du Far West. Nous connaissons le coupable mais personne ne peut le condamner. On n'ose même pas le montrer du doigt. La seule façon de le combattre est de l'affronter sur son propre terrain de prédilection : les marchés financiers. Et c'est possible. 
Nous nous dirigeons vers une récession imparable pour une raison simple à comprendre : les états, garants de leurs grandes entreprises, ne pourront éviter leur propre faillite. Leurs obligations vont s'écrouler. Les bons de trésors américains vont aussi chuter …mais c'est prévu par les stratèges de Washington. Ils sont totalement confiants car ils pensent avoir la parade …ils risquent d'être surpris. 

Quel type de parapluie pouvez-vous suggérer à notre pays pour contrer la tempête que vous annoncez ? 

Un parapluie qui peut sembler risqué au premier abord mais l'histoire nous rappelle souvent que tous les grands projets ont contenu au départ un grain de folie. 
Etudions la possibilité de transformer tout le Royaume, de Hoceima à Lagouira en un paradis fiscal. Plus d'impôts directs ; chez nous, celui devrait payer 1000 dirhams d'impôts finit par n'en payer qu'une petite partie. Supprimons carrément cet impôt et faisons le calcul : 
•des milliers d'usines européennes, asphyxiées d'une part par les charges sociales trop lourdes et la concurrence chinoise et autre asiatique, vont foncer sur le Maroc pour une délocalisation bienfaitrice. 
•Nos opérateurs économiques (particulièrement les hôteliers et les industriels) vont trouver un vrai bol d'oxygène et gagner de précieuses parts de marchés. 
•Les impôts indirects (TVA) vont décupler de par l'intensité de la dynamique que cette délocalisation salvatrice (constructions, commerce, formations de la main d'œuvre qualifiée, etc.) et compenser largement la suppression des impôts directs. 
•Les entreprises actuelles auront quelques années encore pour payer leurs impôts habituels tandis que les nouvelles n'auront qu'un forfait annuel très avantageux. 

Le résultat de cette équation est intuitif : nous avons infiniment plus à gagner qu'à perdre, tant au niveau social, économique financier que fiscal. L'idée est de convertir enfin notre magnifique position géographique en un avantage décisif pour servir d'alternative aux industries européennes au bout du gouffre. Le Maroc, poumon de la production industrielle européenne ? Est-ce vraiment utopique ? 
Mostafa Belkhayate

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