La Numidie

Print PDF
Nounou in Cultures on Fév 13, 2010
Tagged in: Untagged 

Références aussi en liens externes

Les État indépendants
Carte représentant la Numidie Occidentale (en vert) et la Numidie Orientale (en jaune) gouvernées respectivement par Syphax et Gaïa en -220 avant notre ère
Maurétanie Tingitane (à l'ouest), Maurétanie Césarienne (au centre-ouest), Numidie (au centre-est), Gétulie au Sud et Africa (à l'est) au premier siècle de notre ère

L’histoire de la Numidie commence avec l’émergence des tribus massyles, massaessyles, Maures[25] (Gétules, Garamante, Libyens et Musulames). La première est à l’origine de la Numidie Orientale et la seconde de l’Occidentale. Ces deux tribus s'affrontèrent durant la seconde guerre punique, où Massinissa, chef des Massyles, contribua de façon décisive à la victoire de l'Empire romain sur Carthage.

Règne de Massinissa
Le roi berbère Massinissa, fondateur du royaume de Numidie (vers 201 av. J.-C.)
Syphax reçoit Scipion l'Africain. Fresque d'Alessandro Allori

Massinissa parvint à unifier la Numidie, qui s'étendit alors du fleuve Moulouya à l'Ouest jusqu'à la Cyrénaïque à l'Est[26]. Après avoir capturé et vaincu Syphax, Massinissa réussit à préserver l'indépendance de son royaume en jouant habilement de la rivalité régionale qui prévalait à l'époque, tout en lui garantissant une prospérité économique certaine, grâce au remarquable développement de l'agriculture et de l'élevage.

Ensuite, Hannibal s'allia à Vermina, le fils et successeur de Syphax pour envahir le royaume des Massyles. Massinissa et Scipion les rejoignirent à Zama, où ils les vainquirent dans une grande bataille (202 av. J.-C.).

Sur le plan de l'organisation politique, Massinissa plaça à la tête de chaque province un gouverneur et à la tête de chaque tribu un « Amokrane » (le chef). Son conseil, formé de dix personnes, le seconda efficacement dans sa politique et son administration générale. Au nombre de ces dix conseillers il avait trois de ses fils : Micipsa qui le suppléait en plusieurs affaires, Gulussa, chargé de la conduite des armées et Mastanabal chargé du trésor royal. Il mit en circulation une monnaie frappée à son effigie, « avec des traits réguliers, un œil largement ouvert sous un sourcil assez épais, des cheveux abondants et bouclés, une barbe allongée et bien taillée ». Massinissa régna jusqu'à sa mort en 148 av. J.-C..

Après Massinissa
L'effigie de Jugurtha

Après la mort de Massinissa, une crise de succession, vue d'un bon œil par Rome, provoqua des troubles en Numidie. Micipsa, fils de Massinissa, succèda finalement à son père sur le trône 148 av. J.-C.. Pour l'éloigner du pouvoir, Micipsa fit envoyer le très populaire Jugurtha, petit-fils de Massinissa[27], comme représentant en Ibérie, où il se distingua aux côtés des romains au siège de Numance. Après le règne de Micipsa, ses deux fils Adherbal et Hiempsal anéantirent le travail d'unification de leur grand-père en divisant à nouveau la Numidie en Numidie orientale et occidentale. La crise politique larvée entre Rome et la Numidie finit par éclater lorsque Jugurtha revint en Numidie et se saisit du pouvoir en 117 av. J.-C. en tuant Hiempsal et en expulsant Adherbal, qui s'enfuit à Rome. La Numidie était à nouveau unifiée.

Article détaillé : Jugurtha.

Rome, qui ne voit pas d'un bon œil la reconstitution d'un état puissant, lui offre la reconnaissance diplomatique sur la Numidie occidentale, à condition de remettre Adherbal sur le trône de Numidie orientale. Jugurtha accepte cet arrangement, mais envahit à nouveau la Numidie orientale en 112 av. J.-C., faisant exécuter plusieurs commerçants romains qui y opéraient. Après l'exécution d'Adherbal, Rome engage finalement les hostilités en envoyant le consul Quintus Caecilius Metellus Numidicus en Numidie à la tête de plusieurs légions. Jugurtha parvint à résister plusieurs années, en combinant des manœuvres et politiques avec son beau-père, le roi BocchusIer de Maurétanie, jusqu'au remplacement de Metellus par son adjoint, Caius Marius, élu consul à sa place. Le questeur de celui-ci, Lucius Cornelius Sulla, réussit à convaincre Bocchus Ier de trahir Jugurtha[28] : il aide les Romains à le capturer dans un guet-apens. Envoyé à Rome, Jugurtha est enfermé dans le Tullianum, où il est exécuté tout de suite après la cérémonie du triomphe en 104 av. J.-C.. Dès lors, la Numidie est partagée : sa partie occidentale est attribuée à Bocchus, roi de Maurétanie, le reste étant laissé sous l'autorité d'un roi vassal de Rome.

Juba et Rome
Buste du roi érudit Juba II exposé au musée de Cherchell.

La situation dure jusqu'à la guerre civile entre Jules César et Pompée. Juba Ier, partisan de Pompée[29], perd son royaume en -46 après la défaite de Thapsus contre César. César accorde à Sittius un territoire vaste autour de Cirta (Constantine). La Numidie devient alors la province d’Africa nova, jusqu'à ce qu'Auguste réunisse les deux provinces en un seul ensemble, l'Afrique proconsulaire. Cette dernière est dirigée par un proconsul, qui conduisit un moment l'armée d'Afrique. Auguste rend son royaume à Juba II, fils du précédent, après la bataille d'Actium (-31). En -25, Juba II reçoit le trône de Maurétanie, et la Numidie est partagée entre la Maurétanie et la province d'Afrique. La partie intégrée à la province d'Afrique en constitue une région et, en théorie, n'a pas d'autonomie administrative, puisqu'elle dépend du proconsul assisté de légats.

Les révoltes contre Rome
Articles détaillés : Berbères et Romains.

Les populations se rebellent de nombreuses fois, surtout les Zénètes, vers le début du premier siècle. Les Maghraoua auraient été très nombreux dans les environs d'Icosium (Alger)et Ptolémée de Maurétanie devait les contenir. Il fait transférer une partie des Maghraoua vers le chlef [30], ce qui provoque une succession d'actions militaires de Rome, soldées parfois par de graves défaites romaines. Sept ans durant, Tacfarinas résiste aux Romains, malgré Tibère qui transfère une seconde légion pour appuyer la troisième légion Auguste (seule ensuite). Dès 39 apr. J.-C., Caligula confie la conduite de la région de Numidie à un représentant personnel — « légat de l'empereur » — chargé de commander la troisième légion Auguste. C'est ainsi qu'il met fin à une exception politique : celle d'une armée importante placée sous les ordres d'un proconsul et non d'un légat. Le Sénat perd la dernière légion qui était sous ses ordres.

Bien que toujours officiellement intégrée à la province d'Afrique proconsulaire, la Numidie en constitue une région à part, placée sous l'autorité de son légat qui dirige la troisième légion Auguste et ne rend de compte qu'à l'empereur. C'est une province de fait, mais non de droit, statut relativement unique dans l'empire. Après 193, sous Septime Sévère, la Numidie est officiellement détachée de la province d'Afrique et constitue une province à part entière, gouvernée par un légat impérial. Sous Dioclétien, elle constitue une simple province dans la réorganisation tétrarchique, puis est brièvement divisée en deux : Numidie militaire et Numidie cirtéenne.

De 256 à 640, christianisme, invasion vandale

Articles détaillés : Saint Augustin, Vandale et Baghaï.
Le philosophe et théologien Saint Augustin
Invasion Vandales

Le christianisme fait son entrée en l'an 256, et durant le siècle suivant, dans une atmosphère de déclin grandissant, les populations des villes côtières algériennes, ainsi qu'une minorité de la population dans les campagnes se convertissent à la nouvelle religion. En 313, avec les crises politiques et économiques romaines qui s'éternisent, la nouvelle religion devient l'alibi religieux d'une nouvelle révolte qui sera encore une fois Amazigh. En effet, le culte donatiste se développa en Algérie à Baghaï[31] dans les Aurès et en Tunisie comme un défi politique à Rome. Les Donatistes, refusant d'accepter l'autorité religieuse de l'Empereur, et exigeant la séparation de l'État et de la religion, finiront par déclarer que l'empereur est le diable en personne, à l'opposé de Jésus. Ils rejetèrent aussi le rite catholique. L'Empereur envoie ses troupes pour les réduire, dans ce qui est communément appelé la première persécution des Chrétiens par d’autres Chrétiens. La répression ne fit qu'accroître le soutien populaire des Donatistes. Et en 321, les légions romaines venues réprimer les Donatistes se retirèrent.

Toutefois, vers l'an 340, l'idéologie donatiste donne naissance à une secte populaire, celle des Circoncellions, littéralement ceux qui encerclent les fermes. Comme le culte donatiste célébrait les vertus du martyre, les Circoncellions devinrent des extrémistes qui considéraient le martyre comme étant la véritable vertu chrétienne et laissèrent de côté toutes les autres valeurs de leur religion telles que l'humilité, la charité, etc. Ils se munirent de matraques de bois, refusant de porter des armes en fer, car dans les Évangiles Jésus avait dit à Pierre de poser son épée. Ainsi, munis de leurs matraques, ils se mirent à attaquer les voyageurs sur les routes du pays, puis les fermes des propriétaires terriens. Le but des Circoncellions était de mourir au combat en martyrs. Ces extrémistes tuèrent, violèrent, volèrent plusieurs propriétaires terriens, ainsi que les voyageurs, et lorsqu'ils n'arrivaient pas à se faire tuer, ils finissaient par se suicider en sautant du haut des falaises. La secte des Circoncellions, violemment réprimée, finit par disparaître vers le IVe siècle. Ce dérapage du culte donatiste eut pour conséquence de noircir encore plus leur réputation à Rome.

Alors qu'en l'an 395 l'Empire romain fait face à de sérieux problèmes internes, qui réduisent le contrôle qu’exerçait Rome sur l'Afrique du Nord, les Donatistes saisissent cette conjoncture favorable pour tenter à nouveau de dominer la scène politique et religieuse. Finalement, excédé, l'empereur les déclare hérétiques en 409 et leur enjoint de restituer toutes les églises en leur possession en Afrique du Nord. Il envoie plusieurs légions qui sont d'une férocité terrible envers les responsables religieux du culte, et parfois même envers la population locale. Saint Augustin, qui était alors l'évêque catholique d'Annaba, essaya de calmer la colère de l'administration romaine, en plaidant pour un traitement plus humain des Donatistes. Malgré les appels pressants de plusieurs parties, les Donatistes disparurent presque complètement de la scène religieuse, une minuscule communauté survivant seule dans la clandestinité jusqu'au VIe siècle. Quelques années plus tard, en 430, c'est tout l'Empire romain qui se retire de l'Algérie sous la pression des Vandales qui envahissent le pays. Le 28 août 430, Saint Augustin, l'un des derniers symboles de l'intégration de la population au sein de l'Empire romain, trouve la mort durant le siège d'Annaba par les Vandales.

Comments