Le Maroc s'attaque à la pratique du marché noir dans l'immobilier
Bonne nouvelle pour les marocains après plusieurs cris des citoyens:
Les autorités marocaines partent en guerre contre les demandes de dessous de table de la part des promoteurs, une pratique dont les économistes affirment qu'elle prive le Trésor d'importantes recettes fiscales.
Selon les acheteurs mécontents que Magharebia a rencontrés, de nombreux promoteurs demandent en effet le versement de sommes qui n'apparaissent pas dans le prix de vente déclaré.
"Le montant demandé par un promoteur peut atteindre jusqu'à 30 pour cent [supplémentaires] du prix total", a expliqué Bouchra Boutayeb, une fonctionnaire qui rencontre ce problème depuis trois ans qu'elle cherche un logement. "Il faut avoir au moins 250 000 dirhams en liquide déjà disponibles... les gens ne devraient pas céder à ce chantage."
Hatim B., qui a demandé à rester anonyme, a expliqué qu'il y a deux ans, il avait dû verser 200 000 dirhams supplémentaires pour un appartement au prix déclaré de 650 000 dirhams.
"Je n’avais pas le choix. C’est une pratique courante parmi les promoteurs immobiliers. Bon nombre de mes amis ont fait comme moi", a-t-il expliqué.
La surenchère des prix dans l'immobilier inquiète les autorités marocaines depuis quelques années. Les efforts du gouvernement visant à créer des logements abordables n'ont bénéficié que d'opinions mitigés.
Les acheteurs ont expliqué à Magharebia que même les particuliers s'adonnent à cette pratique pour tirer un avantage de leur bien. Au Maroc, les vendeurs doivent en effet verser une taxe sur les plus-values immobilières équivalente à 20 pour cent du prix déclaré.
Ce manquement à déclarer l'intégralité des sommes qui changent de main lors de la vente de biens coûte au Trésor énormément d'argent, a expliqué l'économiste Ahmida Benacer.
Il ne pourra être mis un terme à ce phénomène que si un contrôle rigoureux et un système de référence des prix sont mis en place, a-t-il ajouté.
Le ministre du Logement Ahmed Toufik Hjira a déclaré au parlement le 2 juin que son ministère avait pris un certain nombre de mesures pour résoudre ce problème, notamment les larges prérogatives conférées aux inspecteurs des impôts dans le cadre de la révision des prix déclarés.
Hjira a précisé que ces mesures comportent également la signature en 2009 d'une charte d'éthique par la fédération nationale des promoteurs immobiliers.
Ce code oblige les parties à respecter certaines règles dans la conduite professionnelle des promoteurs, la transparence des ventes et la sauvegarde des intérêts des acheteurs.
Selon cette charte, " le promoteur immobilier membre de la [fédération] s’interdit tout comportement consistant, directement ou indirectement à promettre, offrir, solliciter ou accorder des paiements illicites en vue d’acquérir ou de vendre un bien immobilier quelconque".
Le président de la fédération Youssef Ibn Mansour a indiqué qu'au-delà de la mise en oeuvre de ce code, une autre mesure sera introduite prochainement, qui exigera que les prix soient indiqués sur les chantiers de construction.
Mansour a expliqué que la fédération s'efforce de faire largement savoir que les contrevenants ne pourront prétendre à faire partie de cette organisation professionnelle. Il a également indiqué que la fédération est en contact avec la Direction des impôts, car plusieurs opérateurs ont décidé de régler leur passif afin de pouvoir travailler dans un système transparent.









