Par Driss R. Temsamani
Traduction littéraire par Fatima Zahmoun
« La patrie, c’est où ? » demanda le fils à son père. Avec une larme et un sourire, le père répondit : « Fils. La patrie est là où le soleil se lève chaque jour. Ma patrie est là où j’ai laissé pleins de souvenirs ; mon premier poème, ma première larme et mon dernier rire.
Ma patrie est en partie arabe, en partie européenne et en grande partie africaine. C’est un endroit pour le début et la fin. Elle est si proche et pourtant si loin. Personne ne peut la voir. Certes, tu peux la sentir. Beaucoup n’ont su sa valeur qu’après l’avoir quittée ; même les dieux n’ont pu lui résister. Si tu demandes à la mer, elle te dira que les mères, malgré tout le temps écoulé, sont encore assises à sa côte et attendent leur retour. C’est de là-bas, là-bas, que je suis.
La patrie n’est pas une fête, un hymne, ou une danse. La patrie n’est pas un château, une demeure ou une tente. La patrie est un verbe volé à Dieu qui a créé le paradis, s’est reposé et est tombé amoureux. Maudits soient ceux qui la réclament comme si elle n’est que le nord pour le sud, et l’est contre l’ouest. La patrie est un verbe, pas un nom que beaucoup crient juste pour l’oublier. Ah ! J’aimerais tant savoir ce qu’elle pense de ceux qui l’ont vendue pour une poignée de médailles afin de réclamer sa gloire.
À tous ceux qui l’ont quittée, têtes baissées, honteux d’avoir échoué mais fiers d’avoir essayé. À tous ceux qui ont traversé la mer du désespoir à la recherche de la rive promise. À tous ceux qui combattent dans le noir et restent muets dans la lumière. À tous ceux qui aiment sans voir et donnent sans demander. À tous ceux-là et peu d’autres, c’est ce qu’on appelle : la patrie.
Si seulement je pouvais être Dieu pour un jour ! Je sécherais l'océan pour rapprocher ma patrie. Je ferais de ma patrie le meilleur pays où personne, jeune ou vieillie, ne prendrait le risque de se noyer. Je ferais que les gens donnent au lieu de prendre, qu’ils se prennent par les mains au lieu de se battre. Je ferais en sorte qu’ils aiment et ne haïssent plus. Si j’étais Dieu pour un jour, j’honorerais les âmes de ceux qui se sont battus mais qui ont échoué à la rendre meilleure. Si seulement je pouvais être Dieu pour un jour, Je ferais que ma patrie soit là pour toujours ».